Logo - Chemin Urbain V
Logo - Chemin Urbain V

Menu

Fermer

Entrée dans la seigneurie de l’évêque de Saint-Flour.

Retour

Au moyen-*Âge, Saint-Flour est un diocèse récent, créé en 1317 par le pape Jean XXII. Cela a été fait pour diviser l’immense et ingérable diocèse de Clermont. Cela à partir d’un prieuré clunisien important et ancien, dédié à l’ermite (ou évêque de Lodève) saint Flour. Les moines bénédictins vêtus de noir sont devenus chanoines cathédraux sans perdre leur règle et leurs usages. Ils révèrent saint Flour le 1er juin et saint Pierre Apôtre à plusieurs moments de l’année, 29 juin, 22 février. Le diocèse correspond à la Haute Auvergne du roi.

Saint-Flour : une ville sur un rocher

Le site rocheux volcanique est naturellement fort et porte une cité imprenable. C'est la clé des relations entre la France et la Langue d’oc à un moment de grandes difficultés pour le royaume. L’assiette basaltique n’empêche pas la ressource en eau, les fortes murailles noires protègent du côté ouest seul accessible. Depuis le tout récent traité de Brétigny de 1356 l’Auvergne fait frontière avec la Guyenne étendue jusqu’au Limousin, au Quercy et au Rouergue. La guerre est aux portes. Saint-Flour est exposée au péril des routiers « anglais » qui viennent de l’ouest et du sud et de ceux des seigneurs locaux qui prennent leur parti. La cité appartient à l’évêque, seigneur féodal. Aux alentours vers le nord et l’est s’étend la baronnie de Mercœur, aux mains du comte dauphin d’Auvergne, Béraud Dauphin, grand leveur de péages sur les voyageurs.

Le commerce

Malgré les risques induits par les guerres ou grâce à eux les marchands de Saint-Flour bâtissent des fortunes sur l’axe nord sud commercial autant que politique et militaire, important les vins du sud, exportant les cuirs tannés aux bords de l’Ander sous la ville et les blés de la Planèze. Traditionnellement cet axe nord-sud est seul important, mais le développement du grand centre urbain d’Avignon, le plus dynamique en ces années malheureuses, peut changer la donne pour certains produits facilement transportables : les fromages de montagne et le bétail sur pieds, en sens inverse le sel.

La forte cité est par elle-même un centre d'attraction avec un marché et deux foires, celle de saint Flour du 30 mai au 1er juin, et celle de l'octave de Toussaint (7 et 8 novembre), encadrant la période « d'estive » dans les montagnes d'Auvergne. Le 1er juin 1360 le représentant du roi, Thomas de la Marche, seigneur de Nonette et lieutenant du roi Jean II le Bon, avant sa révolte et sa mort accorde deux nouvelles foires à la ville, celle de saint Laurent (10 août) et celle de saint Blaise (3 février).

Mais la Peste noire de 1348 et années suivantes a fait ses ravages comme partout ailleurs dans la Chrétienté. Pendant deux générations le peu d’hommes qui reste vit sur le pied de guerre, organisé en milice armée sous la direction des consuls, avec de coûteux engins, astreint à garder les murailles et à patrouiller en dehors. A l’occasion cela renforce le pouvoir des consuls et leur donne des occasions de narguer leur seigneur évêque. L’occitan auvergnat est leur langue, c’est en occitan qu’ils tiennent leurs comptes qui, conservés, sont une mine de renseignements sur la période.

Le limoisin

Le Limousin, patrie de beaucoup des papes d’Avignon et de leurs cardinaux, n’est pas très loin vers l’Ouest, quelques journées de marche. C’est le chemin direct entre leur pays natal des papes et la cité pontificale. Ils passent leur temps à négocier entre France et Angleterre, un pied dans chaque camp. Saint-Flour est pour eux aussi un carrefour stratégique.

L’évêque et seigneur de Saint-Flour est un local, jusqu’en 1361 le Rouergat ou Gévaudanais Dordé de Canillac, à cette date Pierre d’Estaing, futur archevêque de Bourges et cardinal ; frère du vicomte de Cheylane (Cantal). En 1368 un certain Pierre Raussen.

Histoire locale de Sain-Flour

Après avoir pris le fort de Caylus en Carladès, un routier anglais venu des Landes, Bertucat d’Albret, s’empare en 1363 du château voisin de Montbrun, ravage le pays, taxe le commerce, rançonne. Pour des années l’itinéraire est rendu difficile. Dès l’été suivant, les Sanflorains reprennent Montbrun non sans pertes et font prisonnier Bertucat, mais des complicités le font libérer et il s’acharne contre Saint-Flour. Il s’allie avec un autre routier « anglais », le Périgourdin Seguin de Badefols, qui vient de prendre Brioude, avec le vicomte de Murat, un seigneur auvergnat voisin, et des Rouergats comme le sire de Sénezergues : les capitaines réunis dès août lancent plusieurs assauts contre Saint-Flour, l’assiègent au moins quatre fois en trois ans, brûlent par deux fois les faubourgs non protégés et continuellement la Planèze environnante jusqu’en 1366.

En décembre 1366, le roi de France Charles V donne l’ordre à son représentant en Auvergne, son frère le duc Jean de Berry, de venir au secours de la ville et d’abord d’arrêter des tracasseries qu’il lui faisait en même temps. Une solution provisoire sera d’emmener les assaillants faire la guerre en Castille, charge confiée à Du Guesclin. Depuis, diverses forteresses des environs, de tous les côtés, Carlat, Le Saillant, Alleuze, Chaliers, la guerre reprendra ensuite pendant des années, jusque vers 1390, mais Saint-Flour tient bon. Quitte à payer de temps en temps un « pati » ou tribut, ce qui est interdit mais que tout le monde fait.

En plus de sa cathédrale romane, la ville prie dans la collégiale Sainte-Foy et dans le couvent des dominicains, tous deux à l’abri dans les remparts.

Retour